Les Winebledon’s au pays des merveilles

TENNIS – 14 décembre, J-7 avant le début de l’hiver, J-8 avant les vacances de Noël, les tennis-wo-men se sont chauffées pour frapper dans la balle lors des derniers matchs de l’année. C’est un affront avec un enjeu majeur : face à COB c’est la qualification pour le championnat universitaire national qui est en jeu. Au premier constat « On commence en finale » et de la magnifique victoire que les Winebledon’s ont remporté, un parallèle à l’œuvre de Lewis Carroll semble tout à fait approprié afin de comprendre la mentalité et les péripéties par lesquelles notre douce équipe de tennis vogua.

L’honneur dans un sport comme le tennis, c’est que les classements des joueurs déterminent leur équipe à l’avance. Ainsi l’équipe 1 qui jouait aujourd’hui est composée de : Julie, Mael, Kenan et Marin.

Pour ceux du milieu il est évident que ce ne sont pas des lapins de trois semaines qui ont arpenté les terrains de Gradignan ce jeudi. Voilà donc que nos braves joueurs se livrent tout un après midi à deux simples et un double masculin afin de déterminer qui des deux équipes bordelaises imposera la force de l’Aquitaine dans les contrées de Nancy.

Simple féminin : Julie ou le concept de non coopération peu stratégique

Honneur aux femmes, il est fort de constater à quel point la galanterie est règle dans ce sport. Les Miss (veuillez n’y voir aucune forme de sexisme, juste une formule affective histoire de varier le champ lexical) entament donc le premier tome d’une longue aventure. C’est la chute dans un profond rêve, qui se révèle être turbulent. Julie telle Alice aux pays des Merveilles est confrontée à un dilemme : comment passer la porte de la victoire alors qu’elle est trop petite pour elle. Malheur que les grands de ce monde connaissent en effet. Solitude et désespoir s’empare de la blonda bellissima.

Futée tel le renard, elle décide alors de mener une politique de blocus total: la coopération c’est l’histoire d’un monde multilatéral, or pour elle le tennis c’est une histoire bilatérale – elle vs l’adversaire – à la rigueur trilatérale « parce qu’au tennis il y a trois adversaires : soi-même, son adversaire et le filet ». Quoiqu’il en soit, menée au premier Set, le second se révèle être meilleur mais pas suffisant pour surmener l’adversaire et atteindre l’épreuve de la victoire.

Il serait convenable de trouver des explications ou excuses afin de relativiser tout cela, mais sachez qu’au Tennis et dans la vie, avec Julie le pathos n’est pas permis. « Si vous connaissiez le Temps (…) vous sauriez qu’on ne le perd pas. Il se perd tout seul » (Chapelier, L. Carroll) Alors en toute honnêteté, il faudrait avouer que cela demeure un grand désarroi pour les tournois universitaires de ne pas la voir au trop de sa forme (mais un grand bonheur pour ses adversaires).

Les partiels rodant dans les environs, menaçants et face à ce match perdu, Carroll écrit « Le meilleur moyen de réaliser l’impossible est de croire que c’est possible. » Le sort se retrouve, telles les raquettes, entre les mains des coéquipiers.

 

Simple masculin : Mael – la mauvaise foi en toute épreuve

Nature Morte Aux Fleurs Henri Arthur Bonnefoy

Une question et une seule se pose pour ce joueur hors norme, à l’incontestable talent – quel score la victoire? En toute mauvaise foi, avec une tranquillité à l’image des natures mortes de Bonnefoy parfumé d’un fond de « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. » (L’invitation au voyage, C. Beaudelaire), l’expression de son périple tennistique est « 6-2, 6-1 ». Interloqué, car défait est le fêlé qui osait l’affrontait, la remarque formulée énonce la nature de cette victoire « c’est violent ». Chez Mael, son talent ne se limite pas à sa maîtrise du sport, mais à sa répartie sans commune mesure car « bah je sais ».

Zen

Il est ainsi certain que le reste de la France et les nombreux IEP doivent être prévenus de l’envergure de leurs adversaires. « Ne mieux vaut-il pas inspirer la crainte que l’amour ? »

Double : Marin et Kenan les sanguins écrivent une cinglante histoire sanglante

Tempérament peu tempéré selon la légende winebledonienne, les deux petits premières années (le petit n’est à nouveau pas à visée discriminatoire ou méprisante, mais reste une touche de douceur du lexique journalistique pas très sportif) unissent leurs forces pour ne former qu’un. L’union fait la force. Unis, Dociles et Indépendants les bébés sciencepistes firent face à des étudiants à la jeunesse douteuse (photo à l’appui). Mais que voulez-vous le gage de beauté et d’éternelle juvénilité est propre à l’IEP bordelais.

Le début du jeu semble être en leur faveur, mais vint une certaine traversée du désert avec des engagements quelques peux nerveux, un goût assidu pour la vivacité féroce de la part du « jeune » de COBienne.

Par défaut d’attention et d’expérience, une grande partie du comptage des points de la compétition sera exprimé d’après le roman éponyme

  • Connaissez-vous l’Addition ? (…) Combien font un et un et un et un et un et un et un et un et un et un ?

  • Je ne sais pas, (…) j’ai perdu le compte.

  • Elle ne connaît pas l’Addition, (…) Connaissez-vous la Soustraction ? Retirez neuf de huit.

  • Huit moins neuf, je ne sais pas faire, (…) mais…

  • Elle ne connaît pas la Soustraction

Bref, entre un petit saut à la haie au-dessus du filet par le « jeune » (un interdit au tennis, you shall not pass), à quelques points de la fin, Marin et Kenan ne se laissent pas intimider. Catégoriquement ils démontrèrent un moyen de répondre à la douce et philosophique question « Même si la vie n’a pas de sens, qu’est-ce qui nous empêche de lui en inventer un ? » (L. Carroll), que le sens de la vie des Winebledon, c’est de ne pas perdre et par conséquent en l’espace de quelques minutes, à plate couture, de rappeler Ô comment ils avaient commencé : dans l’efficacité.

Victoire : prochaine étape Nancy fin mars, une semaine après le Crit strasbourgeois. Décidément si le Nord-Est ne finit pas Sud-Ouest en 2018 c’est que la force n’est pas avec Sciences Po Bordeaux.

Pour faire Carrollianiquement « et la morale de ceci, c’est : Soyez ce que vous voudriez avoir l’air d’être ; ou, pour parler plus simplement : Ne vous imaginez pas être différente de ce qu’il eût pu sembler à autrui que vous fussiez ou eussiez pu être en restant identique à ce que vous fûtes sans jamais paraître autre que vous n’étiez avant d’être devenue ce que vous êtes. »

Petits et grands Winebledon’s, ce n’est que du succès qui vous attend, beaucoup d’aventure et d’amour vous guiderons sur cette longue route qui mène dans le Nord.

GL.

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