Le karaté en 2018, route propice au développement personnel

A l’heure où le progrès technique et l’industrialisation ont permis une facilitation exponentielle de nos vies, en décuplant notamment les possibilités d’apprentissage qui nous sont offertes, il apparaît nécessaire de renouer avec une certaine forme de perfectionnement dans notre apprentissage. La patience est sans doute la vertu qui se fait la plus rare aujourd’hui : nul ne semble pouvoir se consacrer à l’assimilation totale d’une technique ou une notion, du fait du manque de temps dont nous sommes victimes face à la diversité des activités auxquelles nous prenons part. En ce sens, aussi déchainés soyons-nous dans nos pratiques sportives, sans doute devrions-nous nourrir notre volonté de perfectionnement progressif et constant de nos talents. La pratique du karaté, non pas simple sport de combat mais véritable art de vivre, semble alors être une réponse efficace face à ce fréquent oubli de l’essentiel.

Les prémices de l’art qui deviendra le karaté seraient, selon la légende, le fruit de plusieurs années de méditation du 28e descendant de Bouddha au VIe siècle, dans le monastère Shaolin au Nord de la Chine. L’émigration à travers l’Extrême-Orient de ces moines se dédiant à la pratique de ces « gymnastiques » aura entraîné les disciples du fondateur Bodhidarma à s’installer sur l’île d’Okinawa, au Japon. Ainsi se développe le karaté, héritant de la culture chinoise et se définissant alors comme une gymnastique martiale s’accompagnant d’une philosophie propre. Kara signifie « main », tandis que te précise que cette dernière est « vide » ; l’utilisation d’armes ne fait pas partie de la pratique. Le karaté se développe rapidement durant le XXe siècle : l’importance qu’il prend à Okinawa se perçoit à travers la volonté d’Anko Itosu, personnage phare de la propagation de l’art martial, d’imposer en 1901 cette pratique dans l’apprentissage des enfants dès leur plus jeune âge.

Pour mesurer l’importance de l’aspect philosophique dans la pratique du karaté, il est nécessaire de s’intéresser au bushido. Ce code de vie célèbre pour avoir facilité la galvanisation des troupes par les autorités militaires japonaises lors de la Seconde Guerre mondiale, poussant les soldats du pays du Soleil Levant à charger à la baïonnette face aux mitrailleuses étasuniennes, constitue originellement le code d’honneur du samuraï japonais. Il emprunte l’endurance stoïque au bouddhisme, le culte de l’Empereur et de la Patrie au shintoïsme et la culture littéraire et artistique au confucianisme.
C’est en 1935 que Chojun Miyagi postule au titre de maître bushido en tant que karateka (le premier de l’histoire) ; la portée symbolique de cet acte réside dans la revendication de la capacité du karaté à assumer les problématiques philosophiques chères au bushido. Obtenant ce titre, Miyagi permet au karaté de devenir un art martial à part entière dans la culture japonaise, au même titre que le judo ou l’aïkido.

Si le karaté revêt d’une réelle philosophie, on pourrait objecter que l’on n’entame pas l’activité aujourd’hui pour ses apports philosophiques, mais plus pour « apprendre à s’battre ! ». Pour autant, quiconque ayant pratiqué ce sport pourra témoigner du fait qu’il s’est trouvé, consciemment ou non, victime de cet apport philosophique.

Tout d’abord, l’exercice de l’essence même du sport que sont les techniques martiales est incompatible avec l’impatience et le bâclage. Prenons une technique simple, membre du panel de mouvements enseignés dès la ceinture blanche : le mawashi geri. Parfaitement exécuté et permettant la victoire de Jean-Claude Van Damme sur son adversaire en 1976, la difficulté de cette technique est sous-estimée. Mobilisant autant les muscles jambiers dans leur intégralité que les abdominaux, ainsi que la concentration du karateka, la stabilité de sa posture donc son équilibre, ou encore le maintien de sa garde… la basicité du mawashi geri n’est pas synonyme de facilité !

Crédits photo/flickriver/LSD

Un sportif avisé comprend aisément que les bases du karaté ne peuvent être solidifiées par une pratique hâtée et peu consciencieuse. Un dicton populaire dans le milieu des arts martiaux avance qu’ « une ceinture noire est une ceinture blanche qui n’abandonne jamais ». Ce proverbe s’applique tout à fait à la régularité dans le travail que demande le perfectionnement du karaté.
Le concept du kata, enchaînement mobile, rythmé et puissant de techniques diverses du karaté est un produit direct de cette philosophie du perfectionnement. Au nombre de vingt-six selon la Fédération Française de Karaté, ces enchaînements témoignent chacun d’un héritage ancestral, portants tantôt le nom du professeur qui les a composé, tantôt témoignant d’une période historique de la pratique. Difficile à maîtriser et au cœur de l’apprentissage du karateka, le kata transcrit parfaitement ce besoin de travail et de perfectionnement constant dans l’art martial.

Une fois que cette assimilation progressive des techniques est enclenchée, leur mise en pratique concrète n’est parallèlement pas exclue. La pratique du randori, « combat sans enjeu » est une application réelle des bases du sport. Prennent alors place bon nombre de valeurs conviées par l’esprit karateka : respect de l’adversaire, humilité face à autrui ou encore perfectionnement du caractère par le rejet de la violence bestiale. Ces affrontements sont l’occasion d’échanger avec un adversaire dans le respect, tout en s’améliorant.

On comprend alors l’ampleur des apports que convie la pratique du karaté. En étant l’occasion de créer de nouveaux liens sociaux avec ses partenaires sportifs, l’entrainement reste aussi un moment de redécouverte calme et réfléchie de ses propres capacités. L’expression « un esprit sain dans un corps sain » n’a jamais été autant appropriée que pour qualifier les répercussions de l’exercice de cet art martial.

En somme, si le déchaînement qui anime votre corps d’étudiant sportif aurait intérêt à être, selon vous, atténué, se reconvertir dans la pratique martiale du karaté semble être une alternative tout à fait judicieuse.

A.B

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