Homophobie et racisme dans les stades : quelles perspectives ?

Avec la nomination au poste de Ministre des Sports de l’ancienne championne du monde de natation Roxana Maracineanu, une lutte s’est engagée. Une lutte qui ne sera pas simple, en ce qu’elle vise des traditions ancrées dans les gradins des stades de football comme Excalibur l’est dans la roche. L’ancienne nageuse sera-t-elle en mesure de parvenir à ses fins ?


« Il y a déjà énormément de choses qui sont réalisées par la LFP » affirme Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue de football professionnel, qui croit, selon un article du Monde paru le 26 mars 2019, bien plus à la prévention et à la sensibilisation qu’à la sanction. Alors que Mme Maracineanu maintient que ce n’est pas parce que ces pratiques sont « traditionnelles » et relèvent pour certains supporters d’un « folklore » qu’elles doivent perdurer. L’homophobie étant punie par la loi, la ministre martèle qu’elle ne saurait être tolérée dans les stades.
Ce combat semble d’avance long et semé d’embuches. Une vive résistance à la ministre des sports s’est constituée au sein des supporters les plus passionnés. Dans un cadre plus large, selon le ministère de l’intérieur, les agressions à caractère homophobe ont augmenté d’environ 15% en 2018, avec 37% de témoignages en plus sur les lignes téléphoniques d’SOS Homophobie. Plus précisément, cette association révèle des chiffres alarmant quant aux discriminations envers la communauté LGBTI dans le milieu sportif : pour les résumer, SOS Homophobie déclare « Plus le sportif est de haut niveau, s’il pratique un sport dit “masculin” ou s’il pratique un sport collectif, plus il est homophobe. Dans un tel environnement, on peut comprendre qu’il y ait aussi peu d’homosexuels visibles dans le sport français : soit ils sont contraints de se cacher, soit ils sont victimes d’un phénomène de “plafond de verre ».
Les témoignages recueillis par le Parisien au sein des gradins n’est pas plus encourageant quant à une possible dépopularisation de ces chants. « Ce n’est pas parce qu’on est homosexuel qu’on est obligé de ne pas en rigoler. Quand on est homosexuel on peut rigoler de tout, quand on a un handicap on peut rigoler de son handicap [sic]… Il ne faut pas tout prendre à la lettre. Il y a des choses qui sont une expression, il faut de temps en temps différencier l’insulte personnelle et une insulte que tout le monde utilise dans la vie de tous les jours sans viser une catégorie de personnes particulières ». Si ces remarques sont récurrentes, elles posent surtout la question de la possibilité pour les autorités des stades de laisser ces de manifestation de supporters se dérouler dans ces lieux publiques. Regarder un match de football entre amis mais aussi avec les 80.000 autres supporters autour de nous, nous permet-il de nous comporter comme dans notre appartement ? Si ces chants relèvent d’un « folklore » fondé sur des discriminations, peut-on dire que la dimension traditionnelle de l’évènement supplante-t-elle l’autorité constitutionnelle ?

AB

You May Also Like

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *